Mardi 13 août 21h

Maison du Temps Libre, EUS

Jazz

1er partie : "La nuit de sa guitare"

Denis Campini

Ses dernières compositions inspirées en Pays catalan en hommage à ses frères de sang et d'amitiès.

 

Les six cordes

 La guitare fait pleurer les songes.
Le sanglot des âmes perdues
s'échappe par sa bouche ronde.
Et comme la tarentule,
elle tisse une grande étoile
pour chasser les soupirs
qui flottent dans sa noire citerne de bois.

Federico Garcia Lorca, Poème du Cante jondo. Poésies 1921-1927

2e partie :

Hommage à Georges Brassens

Jean-Etienne Langianni: Chant 

Eva de la Torre: Violoncelle

Asim Delibegovic: Violon

Michel Maldonado: Contrebasse

Chanson

Quel est le secret d'une bonne chanson ? Quelle mystérieuse alchimie transforme tous les éléments qui entrent dans sa composition pour en faire une pierre précieuse unique, qui vous saisit, vous entraîne dans son monde et ne vous lâche qu'aux derniers accords avec ce brin de nostalgie qu'elle soit déjà finie ? Et oui ! Il faut quand même laisser l'auditeur très légèrement sur sa faim pour qu'il en redemande ! Une bonne chanson est faite avec des mots, oui des mots, mais pas n'importe lesquels. Des mots assemblés par une main experte pour leur faire dire des choses qui ne sont pas ordinaires, des choses qu'on ne sait pas ou ne peut pas dire d'ordinaire. 

 Parole, parole, parole... C'en est fini du bavardage, du commerce quotidien, de l'information ! Il y a quelque chose de grave dans la chanson même la plus légère, même la plus drôle. Chaque mot tient sa place dans cet écrin poétique, chaque parole est invitée à se couler dans une grande procession. Et l'on peut suivre le discours qui se déroule devant nous et nous emporte. Il y a un début et il y a une fin et si, en cours de route, l'on vous demande d'exprimer un désordre, si les mots doivent alors se culbuter, se percuter, pas de crainte, ils se plieront à l'exercice ! 

Brassens avait ce sens de la chanson si bien travaillée qu'elle n'en était que plus naturelle, semblant couler de source. Il savait jouer avec les mots l'ami Georges, les discipliner, les agencer, les faire entrer en collision, les faire jaillir les uns des autres, les juxtaposer, les étager, leur tordre le coup, en cas de nécessité...

Comme tous les musiciens et les poètes, il goûtait chaque son de voyelle et sculptait finement chaque consonne afin que tout consonne. Chaque chanson de Brassens est d'abord un poème, chaque poème est un chant d'amour. Mais Brassens n'aimait pas seulement les mots. Il aimait les hommes et, bien sûr, les femmes qui tiennent une place d'honneur dans ses chansons : L'Auvergnat, le Fossoyeur, le Père Noël ! Et puis la Brave Margot, Jeanne, Les Passantes et la petite fille avec le Père Noël ! Pour entrer de plein pied dans l'univers de Brassens, il suffit de passer le pont. S'ouvre un monde onirique chargé des espaces innombrables du cœur humain. Brassens était un troubadour. Le troubadour de Sète. Bien différent d'autres chanteurs de ses amis. Il n'y a pas de théâtralisation des sentiments chez lui, pas de violence sur le verbe. Mais un jeu continuel de l'esprit, servi par une imagination médiévale. 

Jean-Etienne Langianni fait revivre avec bonheur ces joyaux de la chanson française qui ont tellement inspiré les amis de Georges... Mais ce n'est pas facile de reprendre le répertoire de Brassens. Pour notre bonheur, dans l'interprétation de Jean-Etienne Langianni, pas d'imitation servile, pas non plus de mise au goût du jour... Il a pris le temps de les faire siennes ces chansons qu'il aime tant et interprète, apprends par cœur, avec le cœur, depuis sa jeunesse. Brassens l'habite naturellement et trouve en lui l'écho de sa gentillesse terrienne et maritime, l'écho de son humour et du plaisir de jouer avec finesse avec les mots... et puis la compagne de toujours cette guitare qu'il faut faire sonner d'une manière si caractéristique, imperturbable dans son rythme quand la voix joue entre les notes, entre les temps. Il manquait seulement le compagnon au timbre grave. Et ce fut la rencontre avec Michel Maldonado, un contrebassiste incroyable, rompu à tous les répertoires de la musique baroque et des troubadours tout autant qu'à la chanson, petit clin d'oeil à Boris Vian dont le nom reste associé au Festival des Nits d'Eus que Michel dirige depuis tant d'années.