du 2 août au 20 septembre 2019

Il y a 40 ans Ursula Vian inventait son festival

      Il est des lieux où résonne l’appel du monde. Où le paysage s’impose d’emblée comme un amphithéâtre. Où la montagne, devenue conque, semble écouter le chant de la mer. Eus est de ceux-là, juché sur sa colline enchantée, vibrant du chant des cigales et des abeilles. C’est sans doute cet appel qu’entendirent au début des années 60 Ursula Vian et le danseur Monsieur D’Dée. Au point de poser ici leurs valises et leurs chaussons de danseurs pour donner naissance à un creuset d’artistes inspirés par les ocres des collines, l’obstination des chênes verts, la majesté du Canigou.

         Depuis plus de 40 ans, les Nits d’Eus portent haut ce flambeau d’excellence et de liberté. L’esprit de troupe est toujours là, décliné en grandes tablées chaleureuses, rythmé par le travail des bénévoles fidèles et affairés. Mais le miracle est ailleurs. Le temps et l’espace se dilatent à l’envi pour donner lieu à des programmations uniques où voix et instruments se mêlent par-delà les siècles et les mers, où le graphisme des corps rejoint le geste des plasticiens. Au pays enchanté des Nits d’Eus, un coin de Catalogne éternelle, la Méditerranée a jeté l’ancre, préférant aux vagues le chant des troubadours et la douce puissance des instruments d’autrefois. Aux embruns le foisonnement des diapasons et des tempéraments qui bousculent l’oreille pour mieux la caresser. Tout est en mouvement. Les styles, les époques, les tessitures se confrontent et donnent naissance à des moments d’émotion fugaces, uniques. Le grand Steinway offert par la pianiste Alice Ader est toujours de la fête, invité au compagnonnage que le festival cultive avec ses musiciens de haute mer dont il est un port d’attache. Comme eux, il s’inscrit dans une oeuvre globale, inclassable.

      Les Nits d’Eus c’est d’abord, dans la permanence tranquille des pierres, une grande fresque en devenir dont chaque édition révèle un aspect et nous laisse, diffus et tenace, le désir de revenir pour connaître la suite.

         Il n’est pas donné à tout le monde de conjuguer fulgurance et éternité.

Marie Costa